Histoire de COXYDE et de l’Abbaye des Dunes - Partie 4

jeudi 14 juillet 2016
par  François DART

Les Vieilles Fermes

Dés le XIIIe siècle plusieurs grandes fermes furent construites sur le territoire de Coxyde ; pour certaines les noms sont cités dans l’histoire de l’Abbaye des Dunes.

Actuellement, plusieurs de ces fermes ont complètement disparu ; d’autres sont délabrées ; la plupart ont été reconstruites déjà à plusieurs reprises.

Cela ne doit pas nous étonner, puisque pendant tout le moyen âge, il y eût tant de guerres, de révolutions et de luttes politiques et religieuses ; en même temps le brigandage et le banditisme ne connurent plus de bornes.

A tout moment on vit des fermes saccagées et même incendiées. Encore en 1593, les troupes en garnison à Ostende, incendièrent un grand nombre de fermes à Oostduinkerke et à Coxyde, notamment Ten Boomgaerde, dont la grande grange, remplie de céréales, fut incendiée également. On attaqua même les églises ; la même année, l’église de St-Simon de Coxyde, fut pillée et incendiée par les mêmes troupes.

La, ferme la plus importante encore actuellement, est certes Ten Boomgaerde, construite sur un terrain asséché en 1238. Lagrande porte est encore admirable, en partie couverte d’un vieux lierre, et surmontée d’une pierre sculptée représentant l’écusson d’un abbé des Dunes.

La cour de la ferme de dimensions importantes est vraiment imposante. A gauche nous voyons encore un grand bâtiment ayant servi d’église, et construite en style gothique, sous l’abbé Andréas du Chesne, en 1607.

Actuellement elle est employée comme étable. Dans la façade nord, il y a deux pierres sculptées portant les écussons de deux abbés des Dunes. Celle de droite porte un écusson ovalaire surmontée d’une mitre placée entre deux crosses d’évêque ; une banderole placée sous l’écusson porte comme devise In Domino Confido (confiance en Dieu).

L’écusson porte quatre coquilles de St-Jacques placées en losange.

Celle de gauche porte un écusson également ovalaire surmonté d’un arbre placé entre une mitre, à gauche, et une crosse à droite ; la banderole sous l’écusson porte la devise Fac necessitate virtutem (faites de la nécessité, une vertu) ; voilà la devise d’un abbé philosophe ! L’écusson est divisé en deux parties par une large bande horizontale ; dans la partie supérieure, il y a une patte de bête pourvue de griffes ; dans la partie inférieure un poisson stylisé à grosse tête.

Sous ces deux pierres une troisième allongée, portant comme une inscription : Eeriijdts de Kerc nu de Scheure (jadis l’église maintenant la grange).

Cela prouve que c’est bien là l’église du monastère, et non comme le dit Fris
l’infirmerie des frères convers. L’inscription citée ci-dessus contient plusieurs lettres majuscules dont l’ensemble donne l’année 1610 : EERTIJDTS DE KERC NV DE SCHEVRE.

Il doit y avoir erreur, puisque l’église a été seulement désaffectée au départ des moines pour Bruges en 1627.

La porte menant vers les prairies est également surmontée d’un écusson fort abîmé.

Au-dessus d’une petite porte dans la partie ouest de la façade de la maison d’habitation, encore une pierre sculptée, avec écusson, presque complètement effritée.

L’habitation du fermier est en renaissance flamande et pourvue d’une jolie tourelle octogonale ; l’aile située au sud a disparu complètement, seule une cave en ruine s’y voit encore.

La façade nord a été remaniée complètement au XVIIIe siècle. A l’est on voit encore la chapelle, où un moine disait chaque jour la messe pour le personnel de la ferme jusqu’en 1796, année pendant laquelle les moines furent chassés par suite de la révolution française.

Près de l’entrée de la cuisine on voit la base de quatre colonnes romanes, placées deux de chaque côté de l’entrée. Il y a également une niche à chien très ancienne.

En face de ces bâtiments, la grande grange. Elle possède encore sa longueur primitive, soit 67,50 m.

La largeur est au contraire réduite de moitié, étant actuellement de onze mètres. Le faîte et les murs des pignons ont été abaissés considérablement. Malgré cela, la grange est encore un bâtiment imposant, surtout l’intérieur vu avant la rentrée des moissons.

Dans le coin nord-ouest de la grange, il existe encore un très vieux moulin à cheval. La roue motrice à un diamètre de huit mètres. Elle peut être mise en mouvement par quatre chevaux, attelés deux à deux de front, en des points opposés de la circonférence de la grande roue, sous laquelle les chevaux circulent.

Actuellement ce moulin se trouve dans un bâtiment contigu à la grange, celle-ci ayant été diminuée en largeur. Dans la cour gisent encore de nombreuses pierres taillées et sculptées, en grès blanc ou pierre bleue, la plupart provenant de l’église. Devant l’entrée de la ferme, du côté nord, on voit encore une grande dépression dans la partie de la prairie qui longe le chemin vers la ferme.

Il y avait là jadis un bassin où venaient s’amarrer les bateaux plats (schouden). qui amenaient les récoltes à la ferme, en circulant sur les petits cours d’eau qui sillonnaient la contrée, comme maintenant les fossés, Ce bassin est encore représenté sur un plan de la ferme datant de 1710. (Terrier de l’abbaye des Dunes).

En allant du Boomgaerde vers la Zeepanne, on trouve à droite une ferme appelée Turfkuis. C’est là que se trouvait le dépôt de tourbe de l’abbaye des Dunes, un petit cours d’eau permettant de transporter la tourbe à l’aide des schouden jusque dans l’abbaye dans les dunes.

Actuellement presque tous les bâtiments sont reconstruits, et malheureusement en style moderne.

En 1928, il existait encore une ancienne construction située au sud, avec, dans le pignon ouest, une jolie fenêtre en renaissance flamande. A peu de distance de cette ferme le long du Langgeleide, une autre vieille ferme, le Leihof. Cette ferme est désignée dans les archives sous le nom de Leeuwenhof. Vues de la route vers Fumes, les façades ont encore l’aspect de vieilles constructions, surtout les deux pignons, dont celui de la grange, avec ses contreforts, est joli ; le potager qui est derrière la maison d’habitation, contient encore deux vieux buis taillés en boule.

La cour de la ferme est intéressante, avec, à l’ouest une grande mare abreuvoir et un vieux moulin à cheval. Le pignon sud des étables montre encore nettement l’âge de la plupart des constructions avec sa porte en renaissance flamande, surmontée d’une fenêtre dans le même style.

Beaucoup de changements ont été faits, des toits renouvelés, des pignons en partie reconstruits, surtout aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, mais malgré tout cela, l’ensemble donne encore l’impression d’une belle ferme des siècles passés.

A mi-chemin de la route vers Fumes, encore deux vieilles fermes, â gauche De Kleine Quinte, à droite, De Groote Quinte. Il ne reste malheureusement plus rien des anciens bâtiments, rien que des vestiges des énormes fossés d’enceinte, qui protégeaient les bâtiments au moyen âge.

Au delà du canal de Furnes vers Nieuport, loin de Coxyde, encore une ferme d’origine très ancienne, De Torreele. On n’y trouve plus que des bâtiments modernes ; la vieille tourelle, qui lui a donné son nom, a disparu également.

Les vieux fossés seuls indiqnent encore l’ancienne origine ; quelques-uns ont encore une largeur de huit m. On remarque ici une particularité intéressante, c’est que, en creusant les grands fossés, toute la terre a été entassée sur le terrain encerclé par ceux-ci, de telle façon que la ferme est construite sur un sol exhaussé, dominant les alentours ; c’est exactement ce qu’on voit dans beaucoup de vieux châteaux.

Une autre particularité, c’est que le chemin menant vers la ferme est actuellement coupé par le canal de Fumes à Nieuport, de même que le Doomleideken, qui longe ce chemin. Cela prouve bien que le canal a été creusé postérieurement à la construction de la ferme.

En effet, le canal a été fait de 1638 à 1641. On voit d’ailleurs immédiatement que c’est un cours d’eau artificiellement creusé, rien que par sa direction parallèle à la côte. Il en est de même du Langêlis ou Langgeleide, qui coule également vers Nieuport.

Tous ces cours d’eau se distinguent encore par leur cours rectiligne. Ils ont été creusés après que les estuaires naturels s’étaient ensablés entre Nieuport et La Panne, estuaires qui permettaient un écoulement direct des eaux vers la mer, dans une direction perpendiculaire à la côte, qui est la seule naturelle dans un pays de lagunes.


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