Histoire de COXYDE et de l’Abbaye des Dunes - Partie 1

jeudi 14 juillet 2016
par  François DART


Pourquoi choisir COXYDE et sa région pour parler de l’histoire de notre plat pays ?

Tout simplement parce que c’est un site qui a su garder son âme, la pression exercée par la poussée touristique et ou industrielle, a respecté un environnement typique de cette côte à l’urbanisation tardive.

Origine de la Côte

Avant le début de l’époque romaine, toute la contrée n’était qu’une immense bruyère, parsemée de bas fonds humides et marécageux, couverts de bois et de plantes des lieux humides. C’est la période pendant laquelle la tourbe se formait, que nous trouvons encore actuellement sous l’argile en beaucoup d’endroits.

La côte s’étendait alors jusqu’à quinze kilomètres au delà des côtes actuelles ; elle était également basse et marécageuse, garnie de dunes, et entrecoupée de petits estuaires.

C’est l’époque pendant laquelle vivaient dans les dunes de La Panne et de Coxyde, les peuplades de l’époque du fer, dans des huttes en branchages plaquées d’argile. Nous retrouvons leurs poteries, leurs foyers, et les restes de leurs repas. C’est vers la fin de l’époque de la tourbe que la côte a commencé à s’affaisser et que la mer s’est avancée d’une façon lente, mais continue, inondant bientôt deux fois par jour, les bruyères et les bois, ainsi que la plupart des endroits jadis habités. C’était au début du IVe siècle.

C’est la période des lagunes, pendant laquelle s’est déposée l’argile des polders. Nos dunes actuelles se sont formées vers le VIIe siècle, à peu près à l’emplacement où nous les voyons encore. Elles se sont formées sur les couches d’argile, qui s’étendent même sous la plage jusqu’à une certaine distance en mer.

Au début de leur formation, et même jusqu’au Xe siècle, les dunes étaient très peu élevées, marécageuses et couvertes de végétaux ; elles étaient donc inhabitables.

Ce n’est que vers le XIe siècle que nous trouvons des traces de l’homme dans les dunes, et encore ne s’agit-il que d’occupations temporaires.

Au XIIe siècle, au contraire, les dunes furent habitées en plusieurs endroits d’une façon permanente, et les villages se formèrent rapidement. Ce n’est pas seulement à cause de leur état marécageux que les dunes ne furent pas habitées plus tôt, mais également par le fait qu’à chaque marée haute, elles formaient une série d’ilots isolés, séparés par les estuaires des petits cours d’eau qui sillonnaient la contrée.

Or, l’endiguement des polders n’a commencé que vers le IXe siècle, et a duré jusqu’au XVe. Ce fut en effet un rude travail, une lutte acharnée contre la mer qui, bien des fois rompit les digues, inondant les terres à peine asséchées.

Toutes les localités de la côte datent donc tout au plus du XIe siècle ; ce qu’on raconte des villages existant déjà au IXe et Xe siècle, n’est basé sur aucune source sérieuse.

Plusieurs auteurs ont même prétendu que les villages d’Oostduinkerke, de Breedene et de Wenduyne datent de l’époque romaine, parce qu’on y a trouvé dans la tourbe des vases et monnaies datant de cette époque. Ils ne tiennent pas compte de ce fait, que vers la fin du IIIe siècle tous ces endroits furent submergés par la mer et restèrent sous les flots pendant environ cinq siècles. Aussi les villages actuels sont-ils séparés de la tourbe par d’épaisses couches d’argile et de sable. Ils sont donc bien plus récents et datent comme toutes les autres localités du littoral, tout au plus du XIe siècle.

C’est au début du XII* siècle que Coxyde prit naissance ; il en fut de même d’Adinkerke, qui se trouvait plus à l’Ouest, dans les anciennes dunes ; de La Panne, qui se trouvait également plus vers l’Ouest, et s’appelait Duinhoek ; d’Oostduinkerke, qui se trouvait plus à l’Est, au bord de la mer, et s’appelait Nieuwe Yde. Nous avons retrouvé toutes ces anciennes localités au cours de nos fouilles dans les dunes.

L’Ancien Coxyde se trouvait dans les dunes, à partir de 300 mètres de la limite des dunes et des polders. Les habitations se trouvaient à peu près le long de la route actuelle vers Coxyde-Bains, et s’étendaient jusqu’au lieu dit de Gallooper. Nous avons retrouvé de nombreux vestiges de ces anciennes habitations datant toutes du XIIe au XVIe siècle.

L’emplacement où se trouve actuellement l’église, l’école communale et toutes les maisons situées hors des dunes, était inhabitable jusque vers le XVIe siècle étant formé de marécages, fréquemment inondés par la mer, qui entrait dans les dunes par deux estuaires, l’un situé du côté de La Panne, l’autre du côté d’Oostduinkerke. L’estuaire de La Panne se trouvait à l’ouest de St-Idesbald, traversant la grande dépression humide qu’on trouve là dans les dunes. L’autre situé à l’est de Coxyde, passait à l’est du Gallooper, traversant les dunes à la Doornpanne.

La toponymie est d’ailleurs d’accord avec la géologie. Une route se dirigeant vers Oostduinkerke est encore appelée KilLewaerlweg, c’est-à-dire la route qui se dirige vers un endroit inondé ou marécageux, en vieux flamand kille.

Un autre chemin, se dirigeant des polders vers les dunes entre Coxyde et La Panne, s’appelait jadis le Swins wege, c’est-à-dire le chemin allant vers le swin ou estuaire dans les dunes. Actuellement on appelle ce chemin le Zwijnewegel, le sentier du cochon, parce que le peuple a oublié l’ancienne signification.

D’autres preuves nous montrent que Coxyde existait déjà au début du XIIe siècle. En effet, Pieter Pourbus, sur le plan de l’Abbaye des Dunes, représente une chapelle qu’il intitule « St-Lauwereynscapelle daer St-Beernaert misse in gedaen heeft. »

Or, St-Bernard a visité l’abbaye des Dunes en 1138. S’il y avait alors déjà une chapelle dans les dunes à peu de distance de Coxyde, où les moines disaient la messe, il faut admettre qu’il y avait déjà un certain nombre d’habitations dans ces dunes, formant le premier noyau du village de Coxyde. Ce nom même date du moyen-âge, et signifie la rade ou crique des Cardium ; comme actuellement, quantité de mollusques vivaient le long de la côte et sur la plage, surtout des Cardium, appelés en flamand moderne kok.

Nos ancêtres du moyen âge connaissaient fort bien ces mollusques qu’ils mangeaient très souvent de même que les moules et quelques autres espèces.

Nous avons retrouvé dans les dunes d’énormes tas de ces coquilles constituant les restes des repas, et se trouvant près des foyers et des poteries datant également du moyen âge.

En 1216, on construisit à Coxyde une chapelle dédiée à St-Simon ; elle servait d’église paroissiale. Elle se trouvait à peu de distance de la route vers Coxyde-Bains vers l’ouest à environ six cents mètres de l’église actuelle. Cette chapelle a été employée jusqu’en 1705 ; elle se trouvait sur les terres appartenant à l’abbaye des Dunes.

Jusqu’au début du XIVe siècle, la côte entre Nieuport et Bray-Dunes avait un aspect notablement différent de ce que nous voyons actuellement. A cette époque, beaucoup de lagunes étaient déjà endiguées et transformées en polders cultivables ; vers 1250, on construisit une écluse dans l’Yser à Nieuport. Tous ces travaux, et surtout le dernier, eurent des conséquences multiples, et quelques unes mêmes inattendues.

En effet, avant ces travaux, une masse d’eau énorme s’engouffrait à marée montante dans l’estuaire de l’Yser inondant toutes les lagunes jusqu’au delà de Fumes, de Dixmude et jusque près de Bruges. A marée descendante, cette masse d’eau revenait à la mer en grande partie par l’estuaire de l’Yser, qui était de loin le plus important de la côte belge. Or, le mouvement de va et vient de cette masse d eau, venant de l’Ouest vers l’Yser et retournant du même côté en sortant de l’Yser, avait pour résultat une érosion considérable de la côte à l’ouest de Nieuport.

Des remous importants se produisaient entre les bancs de sable et la côte, creusant des criques et des rades qu’on appelait des Yden en vieux flamand. De là Coxyde, Nieuwe Yde, Lombaertsyde, etc.

La mer se trouvait à Oostduinkerke à un kilomètre environ plus près du village que maintenant. Ici à Coxyde, la différence était moins grande, mais cependant encore importante. L’écoulement des eaux de l’Yser étant désormais réglé par suite des travaux précités, ce grand courant érodant la côte, fut réduit au simple courant des marées. La mer pût donc déposer bien plus de sable qu’avant sur les plages situées
entre Nieuport et La Panne. Le résultat inévitable fut que la mer dut reculer jusqu’à une ligne de rivage où se produisit un équilibre entre la force érosive des courants de marée et la résistance de la côte. Cette ligne était alors située au delà de la côte actuelle.

Depuis le XVIe siècle, la mer a regagné en partie le terrain qu’elle avait perdu, et gagne encore actuellement d’une façon lente, mais continue.

La partie de la côte située entre Nieuport et Bray-Dunes, est cependant encore la mieux préservée, par suite des masses importantes de sable que les flots
déposent sur la plage. Au XIVe siècle nos dunes ’ s’étendaient donc au delà de la plage actuelle ; ce qui le prouve c’est que, en draguant sur les bancs de sable situés en mer, nous y trouvons des endroits ayant été habités jadis. Des quantités de fragments de poteries s’y trouvaient datant du XIVe au XVIe siècle. Bien souvent ces poteries échouent sur la plage, lors des tempêtes, les vagues ayant affouillé les bancs de sable.

D’ailleurs tous les bancs de sable qui longent nos côtes sont les vestiges des vieilles dunes et des bruyères dont nous avons parlé plus haut. Cette zone de peu de profondeur s’étend jusqu’à dix et quinze kilomètres au delà de nos côtes actuelles.

Dès l’origine de Coxyde, les habitants étaient pêcheurs ; ils s’occupaient en même temps d agriculture, comme cela se voit encore aujourd’hui. Nous retrouvons leurs champs tout le long de la route vers Coxyde-Bains, jusqu’à 500 mètres des polders, vers l’est comme vers l’ouest. On les reconnaît aisément à la couche épaisse de sable gris foncé qui indique une culture continue pendant plusieurs siècles. On y trouve
aussi de nombreux fragments de poteries, de vieilles monnaies, etc.

Vers le XIVe siècle, par suite de l’assèchement des polders, une végétation abondante se développa à la limite des dunes et des polders. Des arbres et des arbustes s’y multiplièrent au point de former en peu de temps des bois étendus et sauvages.

Là vivaient des cerfs, des renards, des loups et surtout des sangliers, même jusqu’à la fin du XVIIe siècle.

Dans les archives on mentionne que les habitants de Coxyde et d’Oostduinkerke se plaignirent aux magistrats de Fumes, en 1682, par suite des dégâts occasionnés
par les cerfs à leurs cultures dans les dunes. Les fouilles confirment ces textes ; en effet, nous avons trouvé, parmi les restes de repas, des ossements de cerfs et surtout de sangliers, notamment des mâchoires et des défenses, dans les endroits jadis habités de Coxyde et d’Oostduinkerke. Nous retrouvons également encore des vestiges de ces anciens bois disparus.

L’existence de ces grands bois est encore confirmée par Philippe Chifflet en 1625.

Parlant de l’abbaye des Dunes qui se trouvait alors dans la ferme Ten Boomgaerde, il dit « laquelle estoit passé quelques années plus proche de la mer, mais les flots de la mer et le vent ayant enseveli une partie des bastiments dans le sable, on a esté contraint de la transporter un peu plus loing} où elle est asseurée des dégâts de la
mer, principalement par un bois qui la couvre de ce costé là ».

Plus loin, dans le même manuscrit, il parle des renards qui rôdent dans les dunes. Les oiseaux marins étaient en ce temps abondants sur les plages, qui étaient encore tout à fait sauvages.

Les phoques venaient en bandes se reposer sur le sable à marée basse, notamment près du fort de Mardick : « un canal fort large et profond de 23 pies en basse mer tout plein de chiens de mer que l’on voit d’ordinaire jouer sur le sable par troupeaux lorsque la mer est retirée ».

D’après Bernardus Campmans, abbé des Dunes, cité par l’abbé Chifflet, on capturait fréquemment sur la plage de grands oiseaux de mer pour se procurer du duvet ; dans ce but on les plumait vivants, tout simplement et on les lâchait ensuite dans les dunes, où ils étaient dévorés par les renards ou les fouines, s’ils ne mourraient pas de froid. Malheureusement, Chifflet ne donne pas le nom de ces oiseaux ; il compare simplement la taille à celle d’oiseaux connus.

Ainsi il y en avait : « de quatre espèces comme des oyes, comme des poulies, des pigeons et des merles, mais on ne chasse qu’aux deux plus grandes espèces pour la plume ». C’étaient fort probablement le fou de Bassan, le canard eider, des mouettes et des pluviers.

Les cétacés n’étaient pas rares non plus au moyen âge, parfois ils visitaient nos côtes par bandes. D’après Sanderus on prend huit baleines et un cochon de mer près d’Ostende : « In 1403 werden acht van de zelve die den toekykers door haar gevaarte een schrik aanjoegen, gevangen ; zijnde zeventig voeten lang, en zoo hoog dat men met ladders daarop moest klimmen. Het zeezwîjn was vy’f en een halve el lang ; het werd vijftienjaar na de voorige walvisschen gevangen (1418) en men bracht het levendig te Doornik, alwaar het verkocht wierd ».

D’après les dimensions, ces baleines étaient la baleine franche, puisque le texte donne comme longueur environ 19 mètres. Quant à l’autre animal, le zeezwijn, il est fort probable qu’il s’agit là du Globicéphale noir, animal fort gros et trapu et dont la taille peut se rapprocher de celle indiquée dans le texte de Sanderus, qui donne une longueur de 3 m. 85.

Cette espèce se voit actuellement encore parfois dans la Manche et près des côtes françaises de l’Atlantique. Au quinzième siècle on chassait fréquemment les baleines dans le golfe de Gascogne. Depuis lors la capture des grands cétacés le long de nos côtes est devenue extrêmement rare.

Dans le Fumes Ambacht, certaines années les loups étaient si abondants, qu’en 1587 les magistrats de Furnes allouèrent des primes pour chaque loup tué. Les piétons n’étaient même pas sûrs le long des routes et plusieurs personnes furent attaquées et dévorées :

« de menschen selve gingen niet in seckerheyt langs de wegen, midts de wolven er eenige verscheurden ».

(Heindericx).

Dans les comptes des archives de Furnes, nous trouvons renseigné le prix qu’on payait pour chaque loup tué, de même que pour les corneilles. Ces dernières, qui étaient de deux espèces, la corneille freux et la corneille noire, nichaient dans les grands arbres des bois touffus qui se trouvaient à la limite des dunes et des polders et étaient d’une abondance telle que leur présence était devenue un fléau.

On payait d’abord pour chaque loup : « ....van elcken ouden wulf XXXVI Pond paresys, ende van elcken jonghen wulf III pond paresys ». Plus loin dans les comptes du 10 juin de la même année 1587, on lit : « bij augmentatië sidert tvermaken vande cueren vander unie vande siede ende casselrie, van elcken ouden wulf ofte wulf inné tsestich ponden paresis ; van elcken jonghen wulf XXIIII pond paresis ; van elck hondert oude craeijen XL S ch. paresis : ende van elck hondert jonghe craeijen XX s ch. paresis, ghebrocht binnen de païen vanden Landtshuuse ».

Plus loin : « gherembourseert Pieter Vekeman, over syn verschoten penninghen uit coopen ende bereij den van tgaerne vande wulfvenetten, CXXX Pond VIII Schell. » « Betaelt diverssàie weynaers ende andere commende van buyten by die vanden collegie tôt diverssche stonden bescreven, omme tvanghen vande wulfven metsgaders seker extraordinaire theercosten by hemlieden ten dien opsiene ghedaen, ende voorts, het onderhoudt van eenige honden, omme temployeren tôt de selve jacht, CCCCCLXXXV pond XIIII sch. »

La population des dunes, au moyen âge était en général composée de gens pauvres, s’adonnant à la pêche côtière, qui leur rapportait assez pour vivre simplement ; les femmes faisaient des dentelles au fuseau.

Les archives et nos recherches archéologiques le prouvent suffisamment ; ce qu’on dit des pêcheurs de Raversyde en 1479 est applicable à tous les villages de ce temps : ........ aangesien dat zy scamel lieden zyn, daaraf den meestendetl daghelicx ter zee varen moeten ende d’andere huere ambachten doen, waerby zy hueren nootdorst winnen moeten om by te levene ».

(Beaucourt de Noordvelde).

Quelques uns seulement vivaient dans des maisons en briques, c’étaient les plus riches. D’autres, au contraire, ne possédaient qu’une baraque en planches ou bien une simple hutte construite en branches d’aulne réunies par des branchettes, le tout couvert d’un placage d’argile, comme nous l’avons vu dans nos fouilles de Raversyde.

En général le sol des habitations n’était pas dallé mais couvert d’une couche d’argile tassée. Comme ils ne possédaient pas de poêles, ils étaient obligés pour se chauffer et préparer les aliments, d’allumer un feu de bois sur le sol même de leur habitation.

D’ordinaire, ils rangeaient par terre un certain nombre de grosses briques, formant un carré ayant un peu plus d’un mètre de côté. Là-dessus ils allumaient le foyer. En été ils préparaient leurs repas à l’extérieur notamment ceux qui habitaient les dunes, comme nous l’avons vu dans nos fouilles près d’Oostduinkerke, à Nieuwe Yde. En effet, on trouve fréquemment, devant les habitations, des rangées de foyers, se touchant presque l’un l’autre, où les habitants préparaient leurs repas en plein air. Leurs ustensiles de cuisine n’étaient composés que de vases et de cruches en terre cuite, et plus tard en grès. Ils ne possédaient pas d’assiettes mais prenaient leurs repas dans de petites terrines.

La plupart ne se servaient même pas de jattes, buvant directement aux cruches. Ils mangeaient beaucoup le poisson, dont on retrouve les os en quantité dans les endroits jadis habités. Ils les faisaient frire dans des poêles de terre cuite, pourvues d’une poignée et d’un bec ; nous en avons retrouvé en grande quantité et de dimensions variées. Ils consommaient également, en énorme quantité de petits mollusques qu’ils se procuraient dans les flaques d’eau de la plage, à marée basse, notamment les bucardes et quelques autres espèces de même taille. Nous en avons retrouvé les coquilles amassées en grands tas près de leurs habitations.

En maraudant dans les bois, ils prenaient souvent des sangliers, dont nous retrouvons également les ossements dans les restes de leurs repas.

Ce n’est pas seulement au moyen âge que les habitants des dunes se servaient du foyer antique, l’usage s’en est maintenu jusqu’au XIXe siècle.

En effet, vers 1850 et 1860 même, les pêcheurs n’avaient pas de poêles dans leurs petites fermes. Vers cette époque on citait comme une curiosité les fermes où on avait installé un poêle flamand ; aussi tout le monde allait le voir comme un objet de luxe.

Les pêcheurs de Coxyde et d’Oostduinkerke pratiquent depuis des siècles un genre de pêche tout-à-fait original, c’est la pêche aux crevettes, à cheval. Un petit chalut est trainé par un cheval ou un mulet sur lequel le pêcheur est monté. Cette pêche se pratique encore dans quelques localités de la Hollande, notamment à Hoek van Holland, à Scheveningen et à Katwykj également dans le Holstein. On le pratiquait déjà en 1625, entre Gravelines et Dunkerque d’après Ph. Chifflet :
« Jeudi 21 aoust 1625 ... on luij a fait voir en retournant à Dunkerke deux pescheurs qui peschaient à cheval avec de grands filets dans la mer jusqu’au col des chevaux nonobstant les flots de la mer qui pour lors est oient esmue par un grand vent qui fai soit que l’eau sembloii ensevelir l’homme et le cheval dans les ondes sans toutefois luij apporter aucun dommage. »

Jadis les habitants des dunes pouvaient amender leurs champs en peu d’années, parce que tous possédaient deux ou trois vachesqui pâturaient dans les dunes herbeuses à peu de frais (voir les dunes actuelles). Actuellement ces pâtures sent en grande partie disparues par suite des nombreuses constructions éparpillées dans les dunes ; il est donc devenu impossible aux fermiers de nourrir des vaches.

Il en résulte qu’ils ne possèdent plus la quantité de fumier de ferme indispensable à l’amendement des champs situés en pleines dunes. On emploie bien les engrais chimiques, seulement, si ces engrais font pousser les plantes, ils n’améliorent guère le sol.

Les champs récemment créés ne s’améliorent donc que très lentement, car il n’y a plus que l’élevage des porcs et des lapins donnant du fumier ; pour ceux qui possèdent un cheval ou un mulet la situation est un peu meilleure, mais encore insuffisante pour l’amendement des champs. Or l’achat du fumier occasionne des frais trop élevés ; il en résulte que les récoltes sont plus maigres actuellement que jadis.


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