Donald Trump, une surprise ? Pas vraiment

vendredi 11 novembre 2016
par  François DART


Après les référendums de 2005 (France et Pays-Bas) et le Brexit (2016), voici une nouvelle surprise avec l’élection de Donald Trump par une franche majorité d’Américains.

À chaque fois, le suffrage universel a eu raison des médias, des sondeurs et de leurs commanditaires.

On peut au moins se réjouir de cette vitalité démocratique ...


Le 23 octobre 2016, Hérodote a titré dans sa lettre sur des élections pleines de surprises aux États-Unis et évoqué un précédent largement ignoré : l’élection du candidat « populiste » et « anti-système » Andrew Jackson, en 1828.

Par bien des aspects de sa personnalité, il n’était pas sans ressembler au nouveau président des États-Unis.
Brutal et rugueux comme lui, il s’en distinguait toutefois par ses origines modestes et son expérience de la guerre.

Plébiscité par les classes pauvres et ouvrières de l’Ouest, hostiles aux financiers de New York et à l’aristocratie du Sud, Andrew Jackson a, comme Donald Trump, été rejeté par les instances de son parti et honni par les élites de la côte Est.

Désindustrialisation et multiculturalisme mal assumé

C’est en partie pour s’opposer au libre-échange prôné par ces élites que les électeurs américains ont aujourd’hui voté Donald Trump.
Celui-ci a su capter leur colère sourde, tout comme d’ailleurs le candidat démocrate Bernie Sanders, rival malheureux d’Hillary Clinton.

L’autre motif qui a conduit à la victoire de Trump et à l’élimination de Sanders tient à l’exaspération d’une majorité de citoyens face aux tromperies de l’utopie « multiculturaliste » et de la société « ouverte ».

À preuve le vote de l’Iowa en faveur de Donald Trump : dans cet État plutôt prospère, avec un faible taux de chômage, c’est évidemment l’enjeu multiculturaliste qui a fait basculer les électeurs.

L’élection en 2008 d’un président noir n’a pas empêché le retour à de nouvelles formes de ségrégation raciale, mises à jour par les tensions entre police et Afro-Américains.

La candidate démocrate Hillary Clinton a tenté de jouer la carte « racialiste » en cajolant les électeurs afro-américains et latinos. Mais sans doute s’est-elle trompée dans son évaluation du vote latino : beaucoup d’Étasuniens latino-américains aspirent à leur intégration dans la classe moyenne et ne se sentent guère solidaires des Afro-Américains.

Quels enseignements pour l’Europe ?

En Europe de l’ouest, les dernières élections (législatives en Allemagne et référendum en Angleterre), ont témoigné de tensions similaires, sous l’effet de la crise sociale, de la désindustrialisation, d’une Union européenne à bout de souffle mais aussi d’un emballement migratoire sans précédent dans l’Histoire.

Les nouveaux arrivants font bloc avec leur « communauté » dans les quartiers. Ils compromettent ce faisant l’intégration des immigrants plus anciennement installés.

À quoi les classes dirigeantes répondent par des propos hors-contexte sur le « vivre-ensemble » et l’occultation de la mémoire.

La chancelière Angela Merkel et même le pape François semblent avoir pris la mesure du danger dans leurs déclarations des derniers jours.

Les élus français feraient bien d’ouvrir les yeux à leur tour sur l’exaspération populaire face à l’échec du néolibéralisme financier et à un multiculturalisme non maîtrisé. Ils se doivent de nommer et analyser ces phénomènes sans faux-semblants, et de préconiser des solutions respectueuses de la démocratie.

Joseph Savès



Commentaires


Navigation

Articles de la rubrique

  • Donald Trump, une surprise ? Pas vraiment

Top Articles